Le 2 février 2026, l’I2EN s’est rendue en Slovénie pour deux jours de réunions de haut niveau avec des responsables gouvernementaux, des universités, des instituts de recherche, des représentants de l’industrie et des régulateurs, et a présenté son examen du nouveau Bachelor en génie nucléaire de l’Université de Maribor.
Dans un pays d’un peu plus de deux millions d’habitants, le débat sur l’énergie nucléaire n’est plus théorique. La Slovénie se prépare à construire un deuxième réacteur sur le site de Krško Nuclear Power Plant tout en prolongeant la durée de vie de sa centrale existante. Derrière les questions d’ingénierie et de financement se cache un défi plus structurel : reconstruire rapidement et à grande échelle le capital humain nécessaire à un programme nucléaire qui pourrait façonner le mix énergétique du pays pendant des décennies.
C’est dans ce contexte qu’une délégation de l’I2EN s’est rendue en Slovénie pour une journée complète de réunions de haut niveau avec des responsables gouvernementaux, des universités, des instituts de recherche, des industriels et des régulateurs. La visite du directeur exécutif de l’I2EN, Dr Jan van der Lee, et Frédéric Plas, membre du Comité d’experts, marque une nouvelle phase de coopération franco-slovène sur l’éducation et le développement des compétences nucléaires.
La journée a été précédée d’un échange avec son excellence Madame Fabienne Runyo, ambassadrice de France en Slovénie, qui a présenté le contexte régional et politique et apporté un soutien actif pour faciliter le dialogue entre les parties prenantes slovènes et leurs homologues françaises. Dans un domaine où la coordination institutionnelle est décisive, ce soutien diplomatique s’avère essentiel pour structurer les partenariats et maintenir la dynamique.
Un moment nucléaire national
La centrale existante de Krško fournit plus de 20 % de l’électricité du pays. Les plans pour une deuxième unité (JEK2) avancent, avec des étapes clés approchant rapidement. Selon le secrétaire d’État Danijel Levičar et Tomaž Nemec, représentant du ministère de l’Environnement, du Climat et de l’Énergie (MOPE), l’objectif est de choisir la technologie et le fournisseur du réacteur d’ici 2028 et de prendre la décision finale d’investissement la même année. Parallèlement, les autorités prévoient de prolonger la durée de vie de l’unité actuelle : fin 2023, la durée d’exploitation de la Krško NPP a déjà été prolongée à 60 ans. L’exploitant a lancé une évaluation de la faisabilité d’une prolongation supplémentaire jusqu’à 80 ans.
Un groupe de travail gouvernemental dédié, dirigé par le secrétaire d’État Danijel Levičar et réunissant les ministères, l’industrie, les instituts de recherche et les universités, a été mis en place pour coordonner les activités préparatoires liées au nouveau projet. La question la plus pressante soulevée à chaque réunion était celle des capacités en main-d’œuvre. Au‑delà de la phase de construction, le prolongement de la durée de vie de Krško à lui seul, ainsi que le remplacement du personnel partant à la retraite, nécessiteront environ 1 500 recrutements supplémentaires d’ici 2032.
Ces chiffres soulignent le défi structurel : la Slovénie doit à la fois maintenir l’excellence opérationnelle de sa centrale actuelle, préparer l’autorisation et la construction d’une nouvelle unité, et reconstruire un écosystème d’ingénieurs, de techniciens, de régulateurs, d’experts juridiques et de personnels de soutien. Le groupe de travail national a lancé une analyse préliminaire des écarts, et l’Jožef Stefan Institute délivre un programme de formation pour « nucléariser » des professionnels d’autres secteurs via des modules courts et ciblés. Cependant, les participants ont reconnu que l’ampleur du défi nécessite une filière académique complète.
Exporter un cadre de qualité
En septembre 2024, deux accords de coopération ont été signés : l’un entre EDF et l’Jožef Stefan Institute sur la recherche et le développement, et l’autre entre I2EN et l’University of Maribor pour soutenir la création de diplômes en génie nucléaire à la Faculté des technologies de l’énergie de Krško.
Le Label I2EN est un certificat de qualité certifiant qu’un programme respecte des standards académiques rigoureux tout en restant aligné sur les besoins de l’industrie. Cette double exigence – excellence scientifique et pertinence professionnelle – a été au cœur des discussions en Slovénie. Depuis janvier 2025, le Comité d’experts de l’I2EN, composé d’universitaires et de spécialistes industriels de tous les domaines nucléaires, évalue l’alignement du nouveau Bachelor en génie nucléaire de l’Université de Maribor sur les standards I2EN. Le processus a été itératif, avec des échanges réguliers pour traduire les principes abstraits de qualité en structures de cours concrètes. Dès le départ, l’Université de Maribor a intégré les critères I2EN dans la conception de son programme, plutôt que de chercher une accréditation postérieure. Cette approche, selon plusieurs participants, a réduit les risques de développement et assuré la cohérence.
Le Bachelor de trois ans, prévu pour octobre 2027, vise 30 étudiants par an et sera dispensé dans un nouveau bâtiment en construction à la Faculté des technologies de l’énergie de Krško. L’accréditation est en cours selon les règles slovènes d’enseignement supérieur actualisées, avec l’agence nationale de qualité informée. La première année pose les bases scientifiques en mathématiques, physique et chimie, ainsi qu’en programmation et outils numériques. La deuxième année introduit la physique des réacteurs, la radioprotection, la culture de sûreté, l’étude du cycle du combustible et la science des matériaux. La troisième année met l’accent sur la thermohydraulique, les systèmes électriques, la modélisation avancée incluant Monte Carlo, et la gestion de projets dans un cadre réglementaire nucléaire. La durabilité et l’évaluation du cycle de vie sont intégrées tout au long du cursus.
Le programme est conçu comme un tremplin vers un master et la recherche doctorale. Des discussions sont en cours pour des coopérations au niveau master et des doubles diplômes possibles avec des institutions françaises telles que IMT Atlantique et Mines Paris. Une collaboration avec l’Université de Ljubljana, notamment via le master SARENA, est également envisagée pour assurer cohérence nationale et dimension multidisciplinaire.
Le statut de candidat au Label I2EN
À l’issue de l’évaluation, le Comité d’experts de l’I2EN a exprimé un avis « très positif » sur le Bachelor en génie nucléaire proposé par l’Université de Maribor. Le programme a été jugé crédible, opportun et aligné stratégiquement avec les objectifs nationaux slovènes et les standards internationaux.
En conséquence, l’I2EN a attribué au programme le « statut de candidat au Label I2EN ».
Cette distinction ne constitue pas le Label complet. Elle certifie que le programme a été conçu selon les principes de qualité de l’I2EN et que tous les composants essentiels sont en place pour répondre aux besoins actuels et futurs de l’industrie. Le processus de labellisation complet – nécessitant au moins deux années de mise en œuvre, l’examen détaillé des syllabus et les retours des étudiants et enseignants – pourra être lancé après les premières promotions.
Concrètement, le statut de candidat envoie un signal fort aux étudiants potentiels, partenaires industriels et autorités publiques. Il indique que le programme est aligné sur des standards internationaux et qu’il s’inscrit dans un réseau plus large de coopération académique et industrielle. Pour la Slovénie, il représente un premier pas pour positionner Maribor comme un hub régional de formation nucléaire en Europe centrale.
Régulateurs et gouvernance : doubler les capacités
La délégation a également rencontré l’Slovenian Nuclear Safety Administration (SNSA) et l’agence des déchets radioactifs ARAO. Là encore, les ressources humaines dominaient l’agenda. Avec 43 employés aujourd’hui, la SNSA prévoit d’atteindre 66 d’ici 2030 pour gérer les examens de prolongation de durée de vie et la licence du nouveau réacteur. Le vieillissement du personnel actuel accentue l’urgence.
SNSA et ARAO ont toutes deux exprimé un intérêt pour les méthodologies françaises de recrutement et de formation, notamment celles de l’ASNR et d’Andra. I2EN a proposé de faciliter l’échange de bonnes pratiques entre autorités slovènes et françaises, étendant la coopération au-delà du cadre académique.
Both SNSA and ARAO expressed interest in French recruitment and training methodologies, particularly those of ASNR and Andra. I2EN offered to facilitate exchanges of best practices between Slovenian and French authorities, extending cooperation beyond academia to the regulatory sphere.
If the BSc program at the University of Maribor successfully launches in 2027 and evolves toward a full License-Master-Doctorate track, the country will have laid one of the essential foundations for its nuclear future. The attribution of I2EN Seal Candidate Status is not the end of a process but the formal recognition that this foundation is structurally sound—and that the next phase, implementation at scale, can begin.
Conclusions
Le programme nucléaire slovène repose sur une solide base technique et industrielle (GEN Energija et la centrale de Krško) avant de recevoir un soutien politique renforcé. Aujourd’hui, le défi est systémique : législation, financement, acceptation publique et surtout compétences doivent converger. La visite de la délégation de l’I2EN a démontré que la construction de nouveaux réacteurs est autant un projet éducatif et institutionnel qu’industriel. En intégrant les standards internationaux de qualité dans la création d’un nouveau parcours académique, la Slovénie anticipe le goulet d’étranglement en compétences qui a freiné d’autres programmes nucléaires.
Si le Bachelor de l’Université de Maribor démarre avec succès en 2027 et évolue vers un parcours complet Licence–Master–Doctorat, le pays aura posé l’une des fondations essentielles de son futur nucléaire. L’attribution du statut de candidat au I2EN Seal n’est pas une fin, mais la reconnaissance formelle que cette fondation est solide et que la prochaine phase, la mise en œuvre à grande échelle, peut commencer.

